Entretien avec Nakajima Senseï, Le KIAI

Le Kiai fait partie intégrante de notre pratique et, cependant, sa signification reste assez obscure ou entourée d'un halo de légendes.

Afin de saisir les explications données sur le Kiai, il convient de s'attacher d'abord à définir la notion du Ki, qui en est la composante principale.

Le Ki est un élément important de la philosophie traditionnelle japonaise. A l'origine, le pictogramme "KI" représentait la vapeur, mais sa signifation a évolué: le Ki est le principe vital qui relie le monde subjectif et le monde objectif. Le Ki est donc intimement lié à la notion même d'existence et d'invariabilité. Le Ki est la source de notre vitalité: nous en sommes remplis et nous pouvons le contrôler par notre volonté. Mais le Ki n'existe pas seulement dans notre corps: il se trouve dans toute la nature, dans tous les êtres vivants. Si on arrive à s'imprégner du Ki extérieur à notre corps, on peut ménager sa propre énergie et s'assurer une longue vie. La concentration du Ki dans le corps détermine la qualité de notre vie, son absence étant synonyme de mort. La notion de Ki est d'ordre métaphysique, mais son expression est physique. La qualité du Ki et, par là même du Kiai, doit être d'aussi haut niveau que l'essence métaphysique de son existence.


 

Venons-en à présent au Kiai et, pour commencer, aux différentes circonstances dans lesquelles il est utilisé. Il peut servir:

Lors de l'entraînement, le Kiai ne doit pas constituer un but en soi: il doit exprimer le Ki et permettre à l'esprit d'accéder à sa pleine puissance. Cela n'est possible que si l'on fait le Kiai naturellement, sans trop y penser. En effet, si on a trop conscience d'avoir à faire un Kiai, celui-ci ne sera pas Kiai proprement dit. Une autre raison pour éviter d'y réfléchir est que l'adversaire pourrait le sentir.

Même si le Kiai dépend de la personnalité ainsi que des aptitudes physiques de chacun - fort, aigu, grave, lent, rapide ... - il faut en rechercher la qualité, il doit être aussi fort que possible, ample, puissant, solide et doit correspondre au Kime. Lorsque l'on fait le Kiai, il faudrait passer du calme et du silence à un maximum d'activité, comme si on voulait trancher ou déchirer ce silence. Dans le Kiai se trouve l'explosion de toute l'énergie. Il est évident que seul un Kiai de bonne qualité est efficace. Par exemple, si l'adversaire comprend à l'avance quand on veut faire le Kiai et qu'il a le temps de réagir, c'est une marque de mauvaise qualité.

On ne doit pas confondre Kiai et cri. Le Kiai ne constitue pas toujours une émission sonore. Il existe aussi sous une forme silencieuse, qui aide à la progression de l'esprit et de la technique. Ce n'est qu'après avoir atteint un certain niveau qu'on peut comprendre combien le Kiai silencieux est plus important que le Kiai normal. Avant d'en arriver là, le but principal doit rester un Kiai solide, puissant et fort, à exercer avec Kime. Dans ce cas, si le Kiai est solide, il aidera à serrer la musculature et amènera aussi une plus grande qualité générale.

Il faut rechercher le côté sacré du Kiai, mais pas en y pensant consciemment, pas par réflexion, ni par tactique. Il faut accéder à une qualité de Kiai très pure "naturellement".

Propos de Nakajima Sensei, recueillis par P. Birchler et S. Emery.

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