fu / ryu / mon / ji

Cet article inaugure une brève série consacrée à la philosophie et à l'histoire du Karate-Do. Nous avons trouvé intéressant de demander à un maître japonais, avec qui nous pratiquons le Karate-Do quotidiennement, de s'exprimer à ce sujet.

Nous avons choisi de recueillir les propos de Nakajima Sensei, car, même si des livres traitant ces thèmes existent sur le marché, nous verrons qu'au Japon les valeurs importantes se transmettent directement de maître à élève ou s'acquièrent par un exercice quotidien. C'est donc le contact direct qui y est privilégié, et non l'apprentissage par les médias.

L'article d'aujourd'hui est consacré à un terme hérité du Zen - si proche des arts martiaux dans son origine et dans son essence qu'on peut considérer ces deux pratiques comme des voies différentes pour atteindre le même but. Ce mot, consistant en quatre caractères Kanji, se prononce FU / RYU / MON / JI et sa traduction littérale est la suivante: "Les lettres ne peuvent pas se mettre debout".

Il s'agit là d'un genre d'expression très couramment utilisé dans la pratique du Zen: les maîtres les énoncent telles quelles à leurs élèves, qui doivent en trouver le sens. Mais tel n'est pas le but visé par cet article, c'est pourquoi nous allons tenter d'expliquer ce terme et, surtout, de voir quelle est sa relation avec le Karate-Do.

La première lecture signifie que les lettres n'ont qu'une face, elles sont couchées sur du papier, ce qui nous rend l'autre face inaccessible. Pour en pénétrer vraiment le sens, il faut acquérir une certaine expérience les choses prennent alors toute leur, signification.

Le deuxième niveau de lecture, plus profond, mène plus loin : le mot FURYUMONJI devient une proclamation de l'existence des choses que nous voyons, du monde qui nous entoure. Uoiseau, les arbres existent par leur propre expérience et se développent avec le temps, ce sont eux qui nous le disent.

Quand les êtres humains touchent le monde des choses « qui existent », ils créent la poésie, la musique, la peinture. L'art n'est pas une invention de l'homme, mais lui est transmis par la nature. Parfois pourtant, quand l'être humain parle ou écrit, il ne dit pas toujours des choses justes, car ses mots ne viennent pas d'une vraie expérience.

Les fleurs s'épanouissent en silence, une montagne même énorme, est tranquille, mais ce silence est aussi bruyant que le tonnerre. La nature, même si elle est silencieuse, parle à sa façon, en exprimant des choses vraies. Mais tout le monde ne l'entend pas, car la fréquence est différente.

Avec de l'expérience, on peut entendre ces voix silencieuses et porteuses de vérité, qui essayent sans cesse de nous saisir pour être écoutées.

En résumé, cette interprétation du mot FURYUMONJI montre qu'il faut accepter et comprendre ces voix et toutes les choses dont elles émanent, pour vivre dans le DO.

Il existe encore une autre explication pour ce terme si on l'applique à la relation existante entreun Sensei et son élève, quand elle est très profonde. On touche à ce momentà la substance du Zen, qu'il n'est pas possible de saisir par écrit ou par oral, mais seulement par l'expérience qui, dans notre cas, passe par la pratique du BUDO.

Toujours dans la même optique, on peut ajouter ceci : les enfants et les débutants sont comme un cahier blanc ; l'instructeur ou l'enseignant ne doit donc pas se tromper quand il écrit sur ce cahier, car ils ne sont pas à même de juger s'il commet une erreur ou non. De même, l'enseignant doit essayer d'acquérir l'esprit propre et sérieux des enfants et des débutants. Ce sont là deux points essentiels ; il est plus important de les connaître que d'enseigner !

Ce n'est qu'une fois conscient de cela qu'on peut cheminer sur le DO par le FURYUMONJI.

Propos de Nakajima Sensei, recueillis par P. Birchler et S. Emery.

© SKC-R, 2007. Les présentes informations ne sont pas exhaustives et sont susceptibles d'être modifiées en tout temps