Entretien sur le karate do avec Sensei Nakajima


Sensei Nakajima, 8e Dan JKF

Le karaté passe souvent pour être un sport violent.
Qu'en est-il vraiment?

Certes, un spectateur qui observe un combat de karaté et qui le juge selon les critères de sa vie quotidienne risque de prendre ce qui se passe entre les combattants pour de la violence. En effet, l'énergie physique et la rapidité dont ils font preuve peuvent y faire penser. Mais les apparences sont souvent loin de la réalité, n'ayant d'existence que dans la perception de celui qui regarde sans chercher à voir.
L'apparente violence du karaté masque en fait toute la retenue, la discipline et le contrôle que s'imposent à chaque instant les combattants. Dans la mesure où chacun d'entre eux est responsable de la sécurité de son adversaire, principe que l'on retrouve d'ailleurs très fortement ancré dans les règles d'arbitrage, il est évident que la violence n'a de place ni dans un dojo, ni sur un tatami de compétition. Toute erreur, tout manquement à ce principe est immédiatement sanctionné. La prétendue violence que certains voudraient y voir ne traduit en fait que leur propre conditionement face à des apparences trompeuses.
Pour prendre un exemple concret: un individu qui viendrait s'inscrire dans un dojo de karatédo dans le but de s'y défouler de façon violente se rendrait vite compte qu'il s'est trompé d'adresse. L'apprentissage des techniques du karatédo demande des années de patience, de persévérance, de discipline, de loyauté et d'humilité par delà tous les passages de grade, de respect de l'autre comme condition du respect de soi. Autant de qualités qui, dans le comportement et dans le coeur, ne laissent peu à peu plus de place à l'impulsivité, à la brutalité et au manque de maturité qui risqueraient effectivement de faire du karaté un sport violent. En fait, l'ensemble des qualités de l'esprit que cherche à développer le karatédo puise sa force dans la gentillesse au sens le plus profond de ce terme. Si ce n'était pas le cas, il ne s'agirait pas de karatédo, mais de quelque étrange gymnastique ou . . . de bestialité pure et simple.

Quel est alors le but de la compétition?

Cette question est complexe. Il convient tout d'abord de s'accorder sur ce que l'on entend par "compétition". Si l'on considère, comme on vient de l'évoquer, que l'apprentissage du karatédo passe pour beaucoup par le développement de qualités de l'esprit et du coeur, qualités qui finissent par fonder l'attitude du karatéka par rapport à la vie toute entière, il faut en quelque sorte "relativiser" la compétition. C'est un espace bien défini dans lequel on a pu s'entendre sur des règles précises pour juger de qui gagne et qui perd. D'une part, cela permet aux karatékas de se mesurer les uns aux autres selon des critères acceptés par tous. C'est là l'occasion pour eux d'avoir à se dépasser, à dépasser leur propre peur face à un adversaire qui combat pour vaincre, à dépasser aussi la crainte de l'échec. D'autre part, la compétition permet au karatédo en tant que discipline de se rendre plus accessible au grand public. Sur ce dernier point, cependant, une mise en garde s'impose: l'ouverture de la discipline aux regards du public par le biais de la compétition ne s'est pas faite sans compromis dans les domaines de la technique et de l'arbitrage: sport-spectacle oblige;! Ceci dit, à un premier niveau, le but de la compétition est bien sûr de gagner. Mais attention là encore: gagner n'a véritablement de sens que dans la mesure où la recherche de la victoire sert de motivation pour aller toujours plus loin à l'entraînement et dans le développement des qualités que nous évoquions précédement. Bien que la victoire ne soit par définition que ponctuelle, celui qui la remporte peut, aussi méritant soit-il à ce moment là, céder à la tentation de penser qu'il ne lui reste rien à faire puisqu'il est le meilleur. En d'autres termes, le danger est de confondre finalité de la victoire dans le cadre bien défini de la compétition avec aboutissement dans la voie du karatédo, d'où l'importance de garder toujours à l'esprit les 5 principes du Dojo-Kun transmis par Funakoshi Sensei:

Pour finir dans l'esprit du Dojo-Kun, il nous faut donc également aborder le question de la compétition à un second niveau. Dans cette vision des choses, les notions de victoire et de défaite ne sont pas primordiales en elles mêmes: l'une et l'autre font partie du chemin - non seulement du chemin du karatédo, mais également du chemin de la vie et, dès lors, ce qui compte vraiment c'est l'attitude du karatéka pendant son cheminement.

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